5 février, 2026

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Donalda Charron: pionnière du syndicalisme féminin à Hull

Donalda Charron, originaire de Pointe-à-Gatineau, est une figure marquante du Québec du début du XXᵉ siècle. Première femme à présider un syndicat au Québec, elle a défendu avec courage les droits des allumettières de l’usine E. B. Eddy à Hull. Dans un milieu dominé par les hommes et marqué par des conditions de travail difficiles, elle s’est imposée comme une voix forte et tenace pour les ouvrières. Son nom résonne aujourd’hui comme celui d’une pionnière du syndicalisme féminin et d’une femme engagée qui a ouvert la voie à de nombreuses autres.

Des origines modestes à la vie ouvrière

Née en 1886 dans une famille modeste de Pointe-à-Gatineau, Donalda Charron grandit entourée de ses frères et sœurs dans un environnement où le travail manuel et communautaire occupe une place importante. Comme bien des jeunes de son époque, elle doit contribuer tôt aux revenus familiaux.

Encore adolescente, elle entre à l’usine E. B. Eddy de Hull comme allumettière. Ce métier, souvent réservé aux jeunes femmes, exige de longues heures dans des conditions éprouvantes. Les ouvrières manipulent quotidiennement le phosphore, une substance hautement toxique pouvant causer des maladies graves, et travaillent dans des espaces mal ventilés où les risques d’incendie sont omniprésents. Les salaires sont bas et l’absence de protections sociales les rend particulièrement vulnérables.

Promue contremaîtresse, Donalda se distingue par son sens des responsabilités et son empathie envers ses collègues ouvrières. Chargée de superviser les allumettières et d’assurer le lien avec la direction, elle devient un point de référence. Ce rôle lui donne une expérience unique: elle connaît à la fois la dure réalité du travail et les mécanismes de pouvoir qui structurent l’usine.

L’éveil syndical

Au tournant du XXᵉ siècle, les travailleurs et travailleuses du Québec commencent à s’organiser davantage face à des conditions de travail précaires. Les syndicats catholiques émergent et, à Hull, les ouvrières de l’usine E. B. Eddy ressentent elles aussi le besoin d’unir leurs voix.

Vers 1919, un premier regroupement syndical féminin est fondé. Cette mobilisation est exceptionnelle: dans un contexte où les femmes sont rarement reconnues dans les luttes collectives, les allumettières osent s’affirmer. Pour Donalda Charron, cette expérience marque un point de bascule dans son parcours.

Un premier conflit éclate avec l’employeur. Les ouvrières obtiennent une amélioration des salaires et la reconnaissance de leur syndicat. Même si tout n’est pas réglé, ce succès partiel prouve que l’action collective peut mener à des résultats. Pour beaucoup, Donalda devient une figure de confiance, capable d’exprimer les revendications avec fermeté.

Première femme à présider un syndicat

En 1922, Donalda Charron est élue présidente de la section A du Syndicat des allumettières de Hull. C’est une première historique au Québec: jamais auparavant une femme n’avait dirigé un syndicat officiel.

Cette élection a une portée symbolique immense. Elle démontre que les femmes peuvent occuper des postes de leadership dans un univers ouvrier largement masculin. À travers son rôle, Donalda incarne un changement de mentalité et ouvre la voie à d’autres travailleuses qui aspirent à prendre part aux décisions collectives.

Sous sa présidence, le syndicat devient un lieu de solidarité et d’éducation, où les ouvrières ne se contentent pas de défendre leurs salaires, mais s’initient aussi à la prise de parole publique et à l’organisation communautaire.

La lutte de 1924

Le moment le plus marquant de son parcours survient en 1924. Cette année-là, la compagnie E. B. Eddy impose un lock-out aux ouvrières, refusant certaines revendications et cherchant à reprendre le contrôle sur la main-d’œuvre.

Sous la direction de Donalda Charron, les allumettières organisent une lutte déterminée. Elles manifestent, tiennent des assemblées, sollicitent la solidarité d’autres syndicats et réussissent à attirer l’attention du public sur leur cause. Ce combat est difficile: les familles se retrouvent sans revenus et la pression économique est énorme.

Malgré tout, la mobilisation obtient des gains notables et marque l’imaginaire collectif. Même si l’entreprise ne respecte pas toutes ses promesses et que plusieurs ouvrières, dont Donalda elle-même, sont congédiées, l’épisode de 1924 demeure une étape historique. Pour la première fois, un groupe de femmes travailleuses au Québec réussit à s’affirmer avec force contre une grande entreprise industrielle.

Un engagement qui dépasse l’usine

Après avoir perdu son emploi à l’usine, Donalda Charron aurait pu se retirer. Au contraire, elle poursuit son engagement syndical et communautaire. Dans les années 1920 et 1930, elle occupe des postes de responsabilité dans divers syndicats féminins, dont celui de vice-présidente du Conseil central des syndicats féminins et de secrétaire générale du Syndicat catholique féminin de Hull.

Elle s’investit aussi dans l’éducation des ouvrières. Convaincue que la formation est une clé pour l’émancipation, elle organise des cours du soir à la Bourse du Travail. Ces initiatives permettent à de jeunes femmes d’apprendre à lire, à écrire et à mieux comprendre leurs droits. Donalda n’était pas seulement une militante, elle était aussi une éducatrice et une mentor, transmettant à la relève les outils nécessaires pour continuer la lutte.

Une reconnaissance tardive

Donalda Charron s’éteint en 1967 à Hull, sans avoir pleinement vu l’impact de ses luttes. Son nom reste longtemps méconnu, éclipsé par d’autres figures du syndicalisme québécois. Pourtant, son rôle de première présidente de syndicat et de pionnière du leadership féminin méritait une place au premier plan.

Au cours des dernières décennies, la mémoire de Donalda Charron a été redécouverte et honorée. Une bibliothèque de Gatineau porte aujourd’hui son nom, tout comme une rue du projet Zibi. En 2024, elle est officiellement désignée personnage historique par le gouvernement du Québec. Ces hommages tardifs soulignent la portée de son engagement et réinscrivent son héritage dans la mémoire collective.

Héritage et inspiration

L’histoire de Donalda Charron rappelle la dure réalité des ouvrières au début du XXᵉ siècle, mais aussi leur courage et leur solidarité. Dans un contexte où les femmes étaient rarement entendues, elle a montré qu’il était possible de prendre la parole, de diriger et de faire avancer la cause collective.

Son parcours illustre une vérité universelle: le progrès social n’est jamais le fruit d’un seul individu, mais de la force d’un groupe uni par une cause commune. Pourtant, certaines personnalités jouent un rôle déclencheur, et Donalda Charron fut de celles-là.

Aujourd’hui, son héritage inspire autant le monde syndical que les mouvements pour l’égalité des sexes. Il rappelle que la dignité au travail, la justice sociale et l’éducation sont des combats toujours actuels.

Donalda Charron, pionnière du syndicalisme féminin

De Pointe-à-Gatineau aux usines de Hull, Donalda Charron a ouvert un chemin que beaucoup d’autres femmes ont emprunté après elle. Première présidente de syndicat au Québec, militante déterminée et éducatrice engagée, elle laisse l’héritage d’une lutte qui dépasse son époque. Son nom reste associé à la mémoire d’une communauté qui a choisi de s’unir pour bâtir un avenir plus juste et plus équitable.

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